Conseil national du 6 février 2016 : La Fabrique obtient trois avancées majeures

Conseil national du 6 février 2016 :
La Fabrique obtient trois avancées majeures

Le Conseil national du Parti socialiste s’est réuni le 6 février dernier pour débattre de la feuille de route du Parti socialiste. Le texte de cette feuille de route nous a été transmis le jour même à 9h, et c’est donc très rapidement que les représentants de La Fabrique au Conseil national ont dû se positionner. Nous avons néanmoins tous déploré le très court délai de convocation, l’ordre du jour minimaliste et l’absence totale d’information.

Nous avons décidé à l’unanimité de présenter trois amendements portant sur :

– La création d’une commission nationale sur l’urgence sociale et économique, qui présentera d’ici la prochaine loi de Finances un bouclier social pour protéger le pouvoir d’achat et le reste à vivre des Français ;

– L’obligation de réunir plus souvent le Conseil national pour permettre le débat au sein du parti et des prises de position sur les débats d’actualité. Le Conseil national se réunira donc fin mars, puis au moins une fois tous les deux mois ;

– La création d’une commission « d’organisation des primaires et de préparation de la présidentielle. »

Vous trouverez dans la suite de cette newsletter les interventions de nos quatre orateurs.

Le texte originel du Premier secrétaire ne nous convenant pas, nous avons également décidé de voter contre, sauf si la totalité de nos demandes d’amendement étaient acceptées.

Prenant la parole avant le vote final pour revenir sur les débats ayant eu lieu dans l’après-midi, Jean-Christophe Cambadélis a annoncé, non sans surprise pour nous, qu’il acceptait nos trois amendements. Les membres du Conseil national de la motion D se sont donc concertés et ont décidé, comme envisagé lors de la réunion préparatoire de la matinée, qu’ils allaient voter l’ensemble du texte amendé.

Dans le même temps, une résolution de la motion B demandant la réécriture de l’article de 2 du projet de loi constitutionnelle en faveur d’une « déchéance nationale » (donc une peine symbolique) n’a pas été mise au voix pour des raisons de procédure, alors que nos représentants souhaitaient voter en faveur de cette résolution.

La Fabrique a donc obtenu des avancées conséquentes, notamment un premier pas vers l’organisation d’une primaire de la gauche, position que nous avions été les seuls à défendre durant le Congrès de Poitiers. Nous avons également fait en sorte que le Parti socialiste prépare au mieux les prochaines présidentielles en débattant et en étant force de proposition. Il est faux, comme on a pu le lire dans certains médias, de dire qu’il a renoncé à préparer un programme présidentielle. Les cahiers de la présidentielle, mais surtout nos Plateformes citoyennes sont les premières étapes sur le chemin d’un parti qui devra être force de proposition et non un simple astre mort!

Karine Berger :

« Pour réactiver le Parti socialiste il ne faut pas le dépasser, il faut le réveiller ! »

Mes chers camarades,

Je suis heureuse de vous revoir car le Conseil national du Parti socialiste, le parlement du Parti, ne s’est pas réuni depuis le 19 septembre 2015. Que s’est-il passé ? Beaucoup de choses qui auraient dû être débattues dans notre Conseil national et qui ne l’ont pas été.

19 septembre 2015 – 6 février 2016. Il y a eu le vote d’une loi de Finances. Le Parti socialiste avait pris position lors du Bureau national du 27 juillet et fait un certain nombre de demandes. Force est de constater que nous n’avons pas été écoutés. Dans la loi de Finances votée en décembre dernier, nous n’avons pas réussi à faire inscrire les demandes du Parti socialiste.

19 septembre 2015 – 6 février 2016. Notre pays a été touché par de nouveaux attentats, qui ont fait 130 morts à Paris. Le président de la République a réuni le Parlement à Versailles et a pris les mesures d’urgence qui s’imposaient. Mais quand le gouvernement a proposé d’instaurer l’état d’urgence, de l’inscrire dans la Constitution ou d’étendre la déchéance de nationalité aux binationaux nés français, quelle a été la position du Parti socialiste ? Oui nous nous félicitons d’avoir obtenu que dans la nouvelle version de la réforme constitutionnelle, il n’y ait plus aucune différence entre les Français, selon leurs origines ou selon leur nombre de leurs nationalités. Mais  sur le reste ? pas de position de notre Parti, alors même que dans des dizaines de fédérations les conseils fédéraux ont eu une parole forte sur le sujet.

19 sept 2015 – 6 février 2016. L’Europe n’est plus la même. L’Union européenne est chamboulée par un choc lié à l’arrivée massive de personnes qui fuient la guerre, qui fuient la torture et sur lesquelles nous avons énormément de mal à trouver un accord y compris à l’intérieur du Parti socialiste européen. L’Union européenne est chamboulée parce que nous n’avons pas vu arriver la situation épouvantable qui s’est créée il y a simplement quinze jours, date à laquelle un pays de la zone euro, le cœur de l’Union européenne, la Grèce, a été exclue de Schengen parce que nous ne parvenons pas à créer un consensus européen sur la solidité de nos frontières extérieures. Quelle a été la position de notre Parti là-dessus je ne peux pas vous le dire, mais je remercie nos eurodéputés socialistes d’avoir fait un communiqué disant que nous nous opposons, évidemment, à la sortie de la Grèce de Schengen.

19 sept 2015 – 6 fév 2016. Combien de mois, combien de choses à décider, combien de combats que la gauche doit porter ? Evidemment celui de la primaire qui a été pour la première fois lancée à l’extérieur du Parti socialiste, notre motion y reviendra dans quelques instants. Ce ne sont que quelques exemples de tout ce que nous n’avons pas réussi à prendre en main au cours des derniers mois. Alors cher Jean-Christophe : pour réactiver le Parti socialiste il ne faut pas le dépasser, il faut le réveiller !

Nous demandons non pas un dépassement du Parti socialiste, nous voulons le réveil du Parti socialiste. Il n’est pas question de laisser notre parti sans Conseil national jusqu’au 28 mai 2016, ce qui nous est proposé dans la résolution qui circule depuis deux heures. La première demande d’amendement de la motion D au texte qui est proposé par la direction sera, et nous demandons qu’il y ait un vote là-dessus, que le prochain Conseil national ait lieu fin mars, notamment pour prendre position sur les questions de réforme du travail.

Fin mars, Conseil national, et que d’ici la présidentielle nous ayons des Conseils nationaux espacés au maximum de deux mois. Nous devons, mes chers camarades, réveiller notre parti. Il nous reste 14 mois pour organiser la façon dont je l’espère nous arriverons à remporter l’élection présidentielle et les élections nationales de 2017, ce n’est pas avec une feuille de route qui nous propose de nous revoir en Parlement socialiste deux ou trois fois maximum avant la fin de cette année que nous y arriverons. C’est la première des demandes, et je laisse mes autres camarades présenter les deux autres modifications du texte que nous proposons afin encore une fois que nous arrivions tous ensemble dans la bataille de l’année prochaine, merci.

Yann Galut :

« La question des primaires va être une question centrale du débat politique dans les jours, dans les semaines qui viennent. Quelle va être la réponse du Parti socialiste à cette question-là ? »

Mes chers camarades, cher Jean-Christophe,

Je pense que ça nous fait à tous plaisir de nous retrouver enfin ici au Conseil national et c’est vrai, je rejoins les propos de Bruno Le Roux, de Jean-Christophe, nous avons connu une année terrible. Nous devons tenir compte de la volonté des Français d’union et d’unité nationale. Mais l’union et l’unité nationale ne doivent pas marcher d’une seule jambe. Il faut aussi que dans cette union et cette unité nationale nous retrouvions les valeurs de ce qui fait notre famille politique, de ce qui fait la gauche. Et dans le débat actuel à l’Assemblée nationale, évidemment, les socialistes, au-delà des seuls députés socialistes, doivent et peuvent se retrouver.

Et j’en arrive donc, Jean-Christophe, au rôle du Parti socialiste. Je ne sais pas si tu l’as rappelé mais en tout cas certains d’entre nous le savent : sur le débat sur la déchéance de nationalité il y a eu des motions, des résolutions dans des dizaines de fédérations, souhaitant non seulement la remise en cause de la manière dont est écrite la déchéance de nationalité, mais souhaitant aussi une prise de position du Parti socialiste. Et ça on ne peut pas le balayer d’un revers de main.

Et donc ça nous impose que le Parti socialiste, ce n’est pas facile bien sûr quand on est le parti qui soutient le gouvernement, trouve sa place et trouve une expression publique et politique. La première demande qui est faite aujourd’hui par La Fabrique mais aussi par les camarades de toutes les motions, c’est que le parti, fier de ses valeurs, puisse porter sa propre parole et avoir ses propres positions politiques, sans mettre en difficulté le gouvernement et le président de la République car ça n’a jamais été l’objectif d’aucun socialiste.

Nous souhaitons donc qu’il y ait des conseils nationaux réguliers, en tenant compte bien sûr de la situation, et que dans ces Conseils nationaux nous puissions avoir des prises de position qui soient claires. Des prises de position sur les débats actuels et sur les débats futurs. Des prises de position qui auraient pu permettre d’en finir notamment avec le débat sur la déchéance de nationalité en faisant une évolution vers ce qui rassemble les socialistes, c’est-à-dire la déchéance nationale.

Et là on revient Jean-Christophe à une chose qui nous semble manquer dans la feuille de route que tu nous présente. Les choses ne sont pas claires : quelle est notre position et quel va être notre dispositif sur les primaires ? On ne peut pas se contenter, comme c’est le cas dans le texte que tu nous présente, de mettre une ligne en disant que de mémoire le 10 février une délégation du PS rencontrera les organisateurs de « notre primaire. »

La question des primaires va être une question centrale du débat politique dans les jours, dans les semaines qui viennent. Quelle va être la réponse du Parti socialiste à cette question-là ? Il va y avoir un double écueil. N’oublions pas mes camarades que c’est quand même le processus des primaires qui a amené à la victoire de François Hollande. Que ce processus des primaires est inscrit dans nos statuts. Que le peuple de gauche d’une façon générale souhaite l’organisation des primaires et que parallèlement à ça la droite va elle organiser les siennes. Donc on ne pourra pas échapper à ce débat. On ne pourra pas le balayer d’un revers de main.

Il faut que nous, Parti socialiste, nous puissions nous positionner pour une primaire de toute la gauche et des écologistes pour faire en sorte que notre candidat se re-légitime à travers cette primaire. Pour faire en sorte de gagner la présidentielle en ayant élaboré un programme qui soit acceptable par l’ensemble de la gauche. C’est pour ça Jean-Christophe qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main cette question de l’organisation des primaires. C’est pour ça qu’il faut que notre Conseil national et notre parti soient offensifs sur cette question-là.

Nous souhaitons pour terminer, dans une démarche constructive, voter le texte que tu nous présente, mais nous avons trois amendements qui sont posés sur la table. Nous souhaitons, pour ce qui est des primaires, que puisse être rajouté au texte la phrase suivante : « le Parti socialiste crée une commission d’organisation de la primaire de la gauche et de préparation à la présidentielle. » C’est une des conditions qui nous permettra je le pense de gagner les élections présidentielles. Je vous remercie mes camarades.

Valérie Rabault :

« Nous demandons une commission nationale sur l’urgence sociale et économique qui présente propose un bouclier social. Il faut préserver le reste à vivre des Français. »

Chers camarades, cher Jean-Christophe,

Tu parles aujourd’hui de dépassement, mais ce qui nous guette me semble-t-il c’est le trépassement. Et éviter mes chers camarades ce trépassement c’est parler de sujets qui inquiètent les Français. C’est entendre ce qui se dit, ce qu’il s’est passé aux élections régionales avec l’entrée en force du Front national dans nos conseils régionaux.

Et ce qui inquiète les Français aujourd’hui c’est la situation économique. C’est l’emploi. C’est le pouvoir d’achat. Sur ce plan il nous semble que le texte que tu nous proposes ne répond que partiellement à ces attentes. D’abord sur le constat. Il est écrit que le PS constaterait que « les objectifs de croissance seraient atteints ». Alors je ne sais pas à quels objectifs il est fait référence, mais si je reprends ceux des 60 propositions de 2012, il me semble que le compte n’y est pas encore. Et de fait il n’y est pas non plus sur le pouvoir d’achat.

Ce mot pouvoir d’achat ne figure pas dans le texte qui nous est proposé aujourd’hui, et c’est pour cela que nous soumettons à ce Conseil national notre amendement numéro 3, amendement numéro 3 de la motion D, La Fabrique, qui porte sur le pouvoir d’achat. Nous souhaitons, nous demandons, qu’une commission nationale sur l’urgence sociale et économique soit créée afin qu’elle puisse présenter à l’occasion de la prochaine loi de Finances un bouclier social. Un bouclier social c’est quoi ? C’est l’idée qu’il faut préserver le reste à vivre des Français. Ce reste à vivre est comme le dit son nom, ce qui reste à vivre, une fois qu’on a déduit de ses revenus l’ensemble de ses taxes et impôts. Nous avons baissé l’impôt sur le revenu pour de nombreux Français. Mais aujourd’hui je souhaite insister plus précisément sur les « autres » taxes et impôts qui ont connu une croissance exponentielle ces dernières années, et je pense notamment aux taxes locales.

Nous voulons que ce reste à vivre soit pris en compte, nous voulons que nous puissions avoir un bilan précis de l’ensemble des taxes et que, pour salaire donné, il puisse y avoir un reste à vivre décent pour l’ensemble des français. C’est l’objet de cet amendement numéro 3 qui est présenté par La Fabrique, qui est au cœur de ce que demandent les français, qui est au cœur de cette urgence sociale qui gronde sur l’ensemble du territoire, qui fait que le Front national a marqué des points à l’occasion de ces dernières élections régionales.

Ce bouclier social, il est indispensable aujourd’hui. Il est indispensable pour que chaque français puisse avoir un reste à vivre décent, un reste à vivre qui lui permette de ne pas courir après les fins de mois. Il faut que nous ayons un résultat tangible.

Pour finir, je citerai François Mitterrand : « la gauche n’a pas d’efficacité dans le déni d’elle-même ». Mais la gauche est la force politique vraiment efficace lorsqu’elle est unie autour de ses valeurs.

 

Aurélien Bernicchia :

« Le camarade Cambadélis nous a invités à travailler sur le précariat. La Fabrique prendra sa part de ce travail. »

Je me présente, Aurélien Bernicchia, militant de Seine-et-Marne, département qui a eu la chance de voir passer Amine El Katmi, récemment la cible d’attaques aussi injustes qu’abjectes. Il est présent aujourd’hui parmi nous et il était important de le saluer.

Mes chers camarades,

Il y a 10 ans, presque jour pour jour, la jeunesse de France avait fait descendre dans la rue pratiquement 3 millions de personnes contre la précarisation organisée de son avenir. Malgré ce mouvement à l’ampleur historique, et c’est un mouvement qui a été victorieux, c’est important de le rappeler, la Droite devait emporter l’élection présidentielle.

Heureusement, dans les territoires qui étaient alors majoritairement à gauche, la gauche, unie souvent, luttait contre cette précarisation qu’on nous promettait. La gauche mettait en place des boucliers sociaux. La gauche organisait la solidarité et la redistribution des richesses.

Aujourd’hui, nos concitoyens, jeunes en tête, sont écrasés par la précarité. Partout les taxes locales explosent. Bien souvent c’est l’œuvre de la droite, comme l’a dit Valérie Rabault. Et nous sommes écrasés par la précarité. La précarité de la santé, la précarité de l’emploi, la précarité du chômage.

En Seine-et-Marne par exemple, très rapidement, le conseil départemental a démoli en quelques mois 10 ans de politiques sociales que la gauche avait mis en place. Le conseil départemental de droite a par exemple supprimé la gratuité des transports scolaires pour l’ensembles des élèves, des collégiens et des lycéens, ce qui représente notamment pour certaines familles plus de 2750 % d’augmentation des frais de transport !

Et face à cette angoisse du déclassement, la seule réponse qu’on entend en ce moment dans notre famille, quasiment la seule, c’est la dégressivité des indemnités chômage ? Moi ça m’interpelle, j’espère que ça vous interpelle aussi : camarades, nous ne sommes pas des libéraux ! Et il est urgent de réagir.

Le camarade Cambadélis nous a invités à travailler sur le précariat. La Fabrique prendra sa part de ce travail. Nous avons proposé beaucoup de chose sur ce sujet, notamment, Valérie Rabault l’a rappelé, l’instauration du reste à vivre garanti. Nous continuerons à le faire dans le cadre, je l’espère, des cahiers que tu nous as proposé cher Jean-Christophe.

Et j’aimerais aussi attirer votre attention sur l’année qui s’ouvre. 2016 sera si nous ne faisons rien une année préemptée par la droite, médiatiquement en tout cas, puisque vous le savez tous la droite organisera sa primaire. Nous devons donc réagir pour remettre les idées de gauche au centre du débat.

Pour cela, il faut nous organiser en conséquence, et nous devons réunir nos instances nationales aussi souvent que possible pour faire émerger les idées de gauche dans ce débat.

Le seul moyen de régler nos différends avec nos camarades des autres partis, des partis frères, c’est la primaire ! Alors si nous choisissons cette voie, nous ne devons absolument pas rater ce moment de nous redonner tous les moyens possibles pour réussir. Nous devons mettre toutes les chances de notre côté et nous organiser en conséquence.

Peu importe le candidat que nous désignerons, même si nous avons un candidat naturel, il gagnera cette primaire et nous gagnerons la présidentielle!

Je vous remercie.